… d’une “Société de l’information” à une ”Société de l’Attention” ?
17 janvier 2012
16 janvier 2012
Je trouve son approche intéressante. Et je m’aperçois maintenant que la plupart des problèmes que j’ai rencontrés dans ma thèse dépendaient mon incapacité à voir certains liens qui relient les sciences sociales à l’économie et à la biologie. Pourquoi ai-je accepté, pendant tout ce temps, les barrières qui séparaient ces disciplines ? Je ne sais pas. Une chose est sûre, le discours de Judith Donath m’a permis – mieux vaut tard que jamais – d’améliorer ma réflexion sur la communication en ligne…
16 janvier 2012
à lire : T. Scheff (2006), Goffman Unbound! A New Paradigm Form Social Science, Paradigm Publishers, 246 pp.
J’aime la perspective de Tom Scheff sur les rapports entre sociétés et émotions. Certains me diront qu’ils ont déjà vu ça chez de Norbert Elias…
20 janvier 2011
HackDemocracy: “Understanding Wikileaks”
Posted by Mathieu under ... | Tags: Anonymat, journalisme, OWNI, Wikileaks |[5] Comments
Je reviens de la deuxième réunion HackDemocracy, organisée par Jonathan Van Parys, Xavier Damman et Damien Van Achter. Le thème de la soirée : “Understanding Wikileaks: how it works, how it’s being used and what it means for the world“. En guise d’introduction, le cryptographe Jean-Jacques Quisquater nous explique ce qu’est une boîte anonyme (anonymous dropbox). Pour garantir l’anonymat d’une source, on peut faire transiter ses informations au travers de différents serveurs, en leur faisant emprunter des chemins aléatoires : à tout endroit, il est possible d’identifier un prédécesseur et un successeur directs, mais l’origine lointaine de l’information reste quant à elle inconnue. Quisquater insiste sur le fait qu’il n’existe pas de système de cryptographie qui garantisse un anonymat absolu (cf. Tor), ‘les failles existent’ conclut-il (sans avoir le temps de préciser de quoi il s’agit).
Les intervenants suivants sont Nicolas Kaiser-Brill et Olivier Tesquet – responsables du site français OWNI – qui nous parlent de leur rencontre avec Julian Assange, de la constitution de leurs 3 moteurs de recherche ‘Wikileaks’, de leur déception vis-à-vis de la stratégie de “diffusion au compte-gouttes” des câbles diplomatiques, et enfin de leur vision de ce que serait le journalisme de demain …
La soirée suit son cours. Un membre de l’assemblée soulève la question de l’arrière-fond idéologique de Wikileaks : la première agence de renseignement du peuple ne défend-elle pas une vision libérale, presque libertaire de l’information et de la vie publique ? Est-ce qu’elle ne joue pas le jeu de l’anarcho-capitalisme en égratignant la crédibilité des pouvoirs publics ?
La dernière intervention est celle de Sidney Leclercq qui nous parle de la façon dont les révélations de Wikileaks affectent les relations internationales et la diplomatie, et aussi la façon dont les fuites sont utilisées comme instruments stratégiques. Il achève sa présentation par un exemple d’actualité : la chute de Ben Ali… (cf. câble diplomatique du 7 décembre 2010, publié par le Monde)
Un grand merci à Nicolas Streel, pour sa vidéo…
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18 janvier 2011
Anonymat : liberté et responsabilité
Posted by Mathieu under ... | Tags: Anonymat, liberté d'expression, Responsabilité |1 Comment
Ces cinq dernières années, on a vu – par-delà les limites du journalisme institutionnel – des internautes prétendre au statut d’observateur citoyen, ou parfois de ‘journaliste citoyen’. Mais, on s’est vite aperçu qu’ils n’étaient pas aussi nombreux que ce que d’aucuns avaient initialement espéré. La principale raison de ce faible d’engouement c’est la peur : la peur des conséquences négatives qui pourraient résulter d’une prise de position publique (et cela essentiellement au niveau professionnel).
Ainsi, de nombreux bloggeurs – dont les métiers respectifs exigent qu’ils s’abstiennent d’afficher leurs opinions personnelles – préfèrent garder l’anonymat (cf. Maître Eolas). Ce choix, ils le justifient soit par la volonté de séparer le travail du ‘reste’, soit par la volonté de ne pas se mettre en froid avec des collaborateurs, collègues ou supérieurs hiérarchiques : « Je veux pas que ça interfère avec mon job de prof – explique ainsi un de nos répondants – je m’occupe aussi d’édition scientifique et Dieu sait si dans le domaine scientifique il faut être objectif. Voilà, l’anonymat c’est la liberté je trouve ».
« Je veux scinder les deux, parce que je ne veux pas que les postions que je prends, éventuellement, ne soient connues, identifiées comme m’appartenant (…). Je pensais que c’était une manière de ne pas me censurer (…). Je fais de la recherche, je travaille avec des flamands, je n’ai pas envie d’avoir des difficultés relationnelles dans mon travail, avec un flamand à la KUL qui est particulièrement NVA, et qui ne serait pas content de voir que je critique Bart de Wever. (…) Dans la vie professionnelle, je pense que ça peut [aider à] brouiller le pistes. D’autant plus que, comme je le disais, la position est asymétrique, puisque lui saura ce que je pense, mais moi je ne sais pas ce qu’il pense de ce que je pense. Et je ne sais pas non plus qu’il sait ce que je pense. “
L’anonymat est donc – pour ces acteurs – la seule manière d’être à la fois fidèles à leurs identités (et opinions) propres et conformes à ce que les membres de leurs environnements professionnels attendent d’eux. C’est, d’une certaine façon, une stratégie visant à rester dans un ‘jeu de dupes’ tout en affirmant son identité (Goffman, 1973). Et cette stratégie est aussi employée par des journalistes professionnels (cf. Boulette, The Mole). En effet – pour un journaliste professionnel – être identifié comme une personne rétive aux normes incorporées par la sphère médiatique… c’est prendre le risque d’en être finalement exclu.
« Chez Belga, l’image de neutralité est importante, donc si notre hiérarchie apprenait que… on avait un blog où on exprimait des opinions qui sont quand même fort marquées à gauche… sur le blog, ça passerait pas très bien. Donc moi par exemple quand j’avais essayé d’avoir ses collaborations en tant qu’indépendant complémentaire avec d’autres médias, ça m’avait été refusé. On a tout simplement dit, “voilà on va l’faire anonymement”. Mais c’est un peu un secret de polichinelle parce qu’il y a beaucoup de gens dans la boîte qui le savent. Puis, aussi – par rapport aux informations qu’on a – si par exemple on a appris quelque chose dans une conversation avec un ministre (…), on va aussi se restreindre de… la donner parce qu’on ne veut pas être identifié par rapport à nos sources non plus”.
Résumons-nous : en tant qu’il permet l’expression de points de vue légitimes que les acteurs se retiennent d’exprimer dans la ‘vie réelle’, l’anonymat favorise le débat et l’expression publique. L’absence de marqueurs sociaux, permettrait plus exactement d’exprimer des opinions divergentes (mais légitimes) sans crainte de remettre en cause le ‘pacte de stabilité sociale’ qui régule les interactions quotidiennes sur le lieu de travail.
Mais, c’est exactement pour ces mêmes raisons que l’anonymat constituerait aussi une entrave à la a discussion : il favoriserait l’incivilité et polariserait les opinions. Quand un commentateur n’est pas tenu pour personnellement responsable de ses dires, il tend à exagérer ses points de vues. “Soustrait aux regards des autres, l’internaute, en partie déchargé des contraintes de la vie sociale et notamment des règles de politesse et de civilité, [peut] aisément s’extraire de la discussion” (Greffet & Wojcik, 2008 : 26). Certains espaces d’expression tendent par conséquent à se transformer en exutoires ou en “défouloirs”.
Conscients que l’anonymat favorise un pouvoir sans responsabilités – le pouvoir de lancer des insultes, des rumeurs et des accusations sans fondements – les bloggeurs anonymes sont les premiers à le critiquer : pour eux, l’anonymat est une chose condamnable si elle sert a justifier la méchanceté, l’insulte et l’irresponsabilité.
“Je pense que, quand c’est anonyme et qu’en plus c’est méchant, ça ça correspond à une mauvaise manière de d’utiliser l’anonymat; parce qu’alors là on est mesquin avec une personne sans oser vraiment l’avouer. Donc c’est pas ça notre démarche quoi, nous c’est simplement par rapport à notre employeur (…) Parce que parfois on voit des commentaires sur notre blogs “ah les courageux anonymes qui s’en prennent à telle ou telle personne”. C’est pas ça. Y a pas d’arguments ad hominem… ou peu”.
« L’anonymat, c’est pas un masque pour moi. Ça ne l’a jamais été, depuis que je suis sur Internet… Il y a des bloggeurs qui, je pense, se construisent un masque, un personnage. Moi, ça n’a jamais été le cas dans mon usage de l’Internet (…). Pamina c’est pas un personnage, c’est moi quoi ».
A défaut de se prémunir des conséquences fâcheuses de la prise de parole publique (en gardant l’anonymat), les acteurs peuvent également s’en protéger en recherchant des soutiens financiers, des critiques et des conseils au sein de leurs réseaux sociaux respectifs. Mais, tout le monde ne dispose malheureusement pas du capital économique, culturel et symbolique nécessaire à l’expression publique. C’est peut-être ce qui fait que la prétendue révolution du Web 2.0 soit restée aux mains des professionnels de la parole publique …
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Greffet & Wojcik (2008) “Parler politique en ligne. Une revue des travaux français et anglo-saxons” in Réseaux 2008/4 – n°150
Goffman (1973), La Mise en scène de la vie quotidienne, Éditions de Minuit, collection « Le Sens Commun ».
13 janvier 2011
Qu’est-ce qu’une information illicite ?
Posted by Mathieu under ... | Tags: censure, Wikileaks |Leave a Comment
“Qu’est-ce qu’une information illicite” ? C’est une question que j’ai posée à un collègue juriste, il y a quelques semaines, au moment de la publication des premiers câbles diplomatiques par le site Wikileaks : il m’a donné les éléments de réponse que voici :
(1) Pour entraver la publication d’une information par voie légale, on peut tout d’abord la croiser avec des informations existantes pour en contester l’authenticité. Et, au cas où l’information jugée inauthentique porte atteinte à l’honneur ou la réputation d’une personne ou d’une institution, la source et l’éditeur de cette information peuvent être poursuivis en diffamation.
(2) Si l’information est jugée “authentique”, sa diffusion peut être interdite si – loin de présenter un intérêt public – elle concerne et porte atteinte à la vie privée. En France, c’est ce dernier argument que semble invoquer la journaliste Catherine Nay lorsqu’elle compare Wikileaks à la “Stasi” : une sorte de tyrannie de la transparence.
(3) On peut également reprocher à la source et à l’éditeur de porter atteinte aux droits individuels. C’est l’argument qui est invoqué par les administrations publiques, lorsqu’elles parlent de l’irresponsabilité” de Wikileaks, tant vis-à-vis de “personnes” (dont l’intégrité physique serait menacée) que vis-à-vis de “l’équilibre des relations internationales”.
Poussé à l’extrême, cette critique conséquentialiste (“these leaks have blood on their hands”) amène certaines personnes – comme le sénateur américain Mitch McConnell – à identifier Wikileaks à une “organisation terroriste”. Les responsables du site pourraient, selon lui, être poursuivis sur base de l’ “Espionage Act” de 1917 (comme avec Jacob Abrams en 1919).
Mais, c’est à ceux qui avancent ces critiques que revient la charge de la preuve. Tant qu’il n’est pas été démontré que la révélation des documents présente une menace pour l’intégrité physique d’un individu (ou la sécurité d’un pays), la seule chose qui puisse justifier la censure c’est l’accusation de (4) recel, c’est-à-dire l’accusation de détention en connaissance de cause d’un objet illicite.
Il faut – autrement dit – que l’on fournisse la preuve que l’information a été obtenue à l’aide d’un crime ou d’un délit commis par un tiers. C’est l’argument qui a récemment été invoqué par le premier ministre français, François Fillion (dans l’affaire des câbles diplomatiques): “Vous ne m’entendrez jamais commenter des informations qui ont été volées. Je pense que chacun devrait s’interroger sur l’utilisation qu’on fait de documents volés. Le vol dans tous les pays du monde c’est condamnable et le recel de vol c’est aussi condamnable”.
Mais, encore une fois, il est difficile de prendre cette accusation au sérieux: pourquoi Wikileaks devrait-il être le seul éditeur concerné par d’éventuelles poursuites pour “recel” ? D’autres éditeurs ont également contribué à la diffusion de ces fuites et n’ont pas été inquiétés (Le Monde, le Speigel, le NYT, le Guardian, etc.). Cette histoire montre en tout cas une chose : que nos quotidens “font” encore autorité.
Sur le même sujet :
22 octobre 2010
A Götenburg, se tient en ce moment la onzième conférence de l’Association of Internet Researchers (21 au 23 oct. 2010). Il y a à peu près 250 participants, dont 102 PhD, venant pour la plupart d’Europe et des Etats-Unis. Il y a également un chercheur sud-américain, et quelques chercheurs australiens -dont Axel Bruns ; et puis, (comme d’habitude dans les conférences de ce type) aucun chercheur africain. Le prix “registration fee” n’est pas excessif (min. 350USD), mais vraisemblablement assez élevé pour les dissuader de faire le déplacement.
La conférence de cette année porte sur le thème “sustainability and participation” : j’y présente le papier que j’avais déjà exposé à la conférence de Braga, en juillet 2010 (sur la couverture de la conférence de Copenhague par les médias traditionnels et participatifs, en France). Et, également un papier sur l’usage du blogging dans le parcours professionnel de journalistes politiques (motivations, usages). L’article sera mis en ligne d’ici quelques jours…
7 octobre 2010
Cet article se base sur les chiffres CIM de 2009. Merci à “obligatoire” de m’avoir signalé que les choses ont considérablement changé depuis…
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Autrefois, pour mesurer le pouvoir d’influence d’un média écrit, on se contentait généralement de se reporter à ses chiffres de vente. Depuis dix ans, ce critère ne suffit plus : concurrencés par l’information gratuite, les journaux payants se voient forcés de “générer du clic”, de capter l’attention de l’internaute. Et l’enjeu est de taille : il s’agit de préserver l’image de la marque auprès d’un public sollicité par un nombre de plus en plus important de “plateformes” en ligne.
En Belgique, les chiffres de fréquentation des sites des journaux dépassent aujourd’hui assez nettement les chiffres de diffusion payante : en 2009, www.lesoir.be comptait par exemple plus de 100 000 visiteurs uniques (pour une diffusion payante d’environ 90 000 exemplaires). Les grands quotidiens en ligne ont toutefois quitté le peloton de tête des sites les plus visités. Selon CIM (2009) Windows Live Belgium et MSN Belgium sont les sites d’actualité les plus visités de Belgique, avec (respectivement) 1,6 million et 609 000 visiteurs uniques, ce qui est nettement supérieur aux chiffres des quotidiens les plus populaires du pays.
Mais la place de Microsoft est moins dominante qu’il y paraît, si l’on prend comme indicateur le nombre de pages vues (2,5 et 2,3 millions) au lieu du nombre de visiteurs uniques : ce qui les place alors loin derrière Het Laatste Nieuws (4,4 millions de pages vues). Le site du quotidien flamand – qui intègre le pure player francophone 7 sur 7 – attire quotidiennement sur ses pages web 427 000 visiteurs uniques, il est suivi par le portail de Skynet (339 000 visiteurs uniques), et les principaux quotidiens du groupe de presse Corelio/VUM : c’est-à-dire le couple Het Nieuwsblad/Het Volk et de Standaard. De Morgen compte enfin 71 000 visiteurs… deux fois moins que le portail web Zita.
Les quotidiens francophones les plus visités sur Internet sont Le Soir et La Dernière Heure, qui attirent respectivement plus de cent mille visiteurs uniques par jour. La Libre Belgique en compte quant à elle 61 000, ce qui est plus que RTBF Info, et moins qu’RTL Info. Dans la presse internationale francophone enfin c’est indiscutablement Le Figaro et Le Monde qui attirent le plus grand nombre d’internautes . Mais, à nouveau, ces chiffres sont largement inférieurs à ceux des portails de Yahoo et de Microsoft. Le marché mondial est dominé par Google – qui agrège mais ne produit pas de contenus – puis Yahoo, Windows Live et MSN qui produisent et sous-traitent, Facebook, YouTube, Wikipedia et MySpace (qui dépassent tous les cinquante millions de visiteurs uniques).
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Source : http://www.cim.be/
27 août 2010
Hub ≠ Autorité
Posted by Mathieu under ... | Tags: blogosphère, blogs, géphi, graphes, navicrawler, réseaux, réseaux sociaux |[2] Comments
Je n’ai pas été assez clair dans mon dernier billet, donc voici quelques petites précisions :
(1) La couleur des liens indique leur direction (les liens sortants ont la même couleur que le noeud dont ils sortent). On voit ainsi que le blog de Ch. Bricman a de nombreux liens sortants [et réciproques]. En théorie des graphes, on appelle ça un “hub“. Mais un hub n’est pas nécessairement une autorité, c’est-à-dire qu’il ne possède pas nécessairement le plus grand nombre de “liens entrants”.
(2) La taille des points (centralité) indique quant à elle le nombre de fois qu’une personne apparaît sur les chemins (courts) qui parcourent le réseau (average shortest path), tous chemins confondus (les liens entrants mais aussi les liens sortant). C’est là une information importante, mais qui n’indique pas grand chose d’autre que la capacité des acteurs à employer des hyperliens pour citer de nombreux autres membres du réseau.
(3) Par ailleurs – comme on l’a fait remarquer ce matin – il y a des journaux en ligne qui citent des blogs sans utiliser le moindre hyperlien : il est nécessaire de revoir ce travail de mapping en intégrant les médias traditionnels dans l’analyse. Je crois d’ailleurs que c’est un travail qui a récemment été initié par une doctorante de l’ULB (J. De Maeyer).
Pour une introduction à Navicrawler, c’est ici.
Et pour un introduction à Gephi 0.7, c’est ici



